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« Le Roi, Monsieur, vous a nommé pour l'un des membres de la commission destinée à concourir au travail important qui devra être mis sous les yeux du Sénat et du Corps-Législatif, conformément à la déclaration du 2 mai.

>> J'ai l'honneur de vous prévenir que la commission se réunira, dimanche 22, à deux heures, à l'hôtel de la chancellerie. Je me félicite, Monsieur, d'être auprès de vous l'organe des volontés du Roi. Je suis persuadé que le corps auquel vous appartenez verra avec plaisir, dans la nomination de la commission, que ce travail préparatoire ne pouvant être fait que par un petit nombre d'individus, le choix de S. M. s'est porté sur des membres qui avoient tous reçu, dans diverses circonstances, des témoignages mérités de la confiance de leurs collègues.

>> Recevez l'expression des sentimens avec lesquels je vous suis, Monsieur, bien sincèrement attaché ».

D'AMBRAY.

-La commission de Sénateurs choisie par le Roi pour le même objet, est composée de MM. Barthelemy, Serrurier, Barbé-Marbois, Fontanes, Germain, Garnier, Pastoret, Sémonville, Boissy-d'Anglas et Vimar.

- M. Becquey, conseiller de l'Université, ancien membre de l'Assemblée législative, est nommé par S. M. directeur - général du commerce et des manufactures au département du ministère de l'intérieur.

-L'administration générale de la loterie royale est supprimée. M. Amabert, ancien secrétaire-général du ministère des finances, est nommé directeur-général de cette administration.

La classe d'histoire et de littérature anciennes de. l'Institut, a nommé aujourd'hui M. Vanderbourg, auteur d'une traduction en vers françois des Odes d'Horace, à la place vacante dans son sein par la mort de M.Mercier. Les principaux candidats étoient MM. Etienne,

-

Quatremère, qui a été balloté; Emeric David, qui a obtenu sept voix; Raoul-Rochette, six, etc.

-Un jeune auteur, qui annonce des talens précoces, et qui, à l'âge où tant d'autres n'ont pas terminé le cours de leurs études, a déjà conquis des connoissances étendues, M. Hippolyte Bérard des Glajeux, a consacré aussi quelques loisirs à chanter l'heureuse restauration d'une famille auguste et chère. Sa pièce de vers nous a paru avoir de l'abandon et de la facilité. Elle commence ainsi :

Tu respires enfin, ô ma chère patrie!

Aux fureurs d'un tyran trop long-temps asservie,
Par tes nobles vainqueurs tu vois briser tes fers,
Et leur bonté te force à bénir tes revers.

Le ciel est satisfait : le poids de sa colère
Assez pour sa justice a pesé sur la terré.
Que ce terrible exemple apprenne à nos neveux
Le succès passager des attentats heureux.
Une nouvelle aurore a brillé sur la France :
La paix, la douce paix ramène l'espérance.
Ah! François, détestant nos funestes erreurs,
A Louis, aux Bourbons courons offrir nos cœurs;
Déposons à leurs pieds, arrosés de nos larmes,
Notre amour, nos regrets, et nos vœux et nos armes.
Race auguste de Rois, dont la tige est aux cieux,
Viens relever le trône où régnoient tes aïeux.

Nous avons remarqué plus bas ce vers heureux :

Qui voudroit se venger lorsque le Roi pardonne?

Enfin la pièce finit ainsi :

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Daignez tous agréer le tribut de ma muse:
Mon cœur auprès de vous doit être mon excuse,

Si j'ose, à peine encor dans mon premier printemps,
Aux fils de saint Louis offrir un pur encens.

Quel cœur vraiment françois, dans ces transports d'ivresse,
Pour fêter un bon Roi n'oubliroit sa foiblesse!

Du ciel qui nous le rend célébrons les bienfaits,
Et chantons tous Louis, les Bourbons et la paix.

Nous ne pouvons qu'engager l'auteur à cultiver ses heureuses dispositions, et nous osons lui promettre le succès s'il continue à étudier les bons modèles.

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EXTRAITS du discours prononcé à Notre-Dame, le 14 mai, jour du service solennel pour Louis XVI et les personnes de sa famille, qui ont péri pendant la révolution.

Nous avions annoncé à nos Abonnés que nous nous efforcerions de leur procurer le plaisir de lire dans nos feuilles quelques extraits du discours de M. l'abbé Legris-Duval, dans la cérémonie funèbre qui a eu lieu à Notre-Dame, et dont nous avons rendu compte dans notre VIIIe. numéro. Nous nous trouvons au→ jourd'hui en état de remplir cette espèce d'engagement, l'orateur ayant eu la bonté de céder à nos instances, et sa discrétion n'ayant pu tenir contre l'intérêt du sujet, et contre notre désir de faire jouir nos lecteurs de quelques parties de ce discours. Nous ne donnerons point ici à l'auteur des éloges qu'il prie qu'on lui épargne, et nous n'abuserons point de sa condescendance pour affliger sa modestie. Mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer, moins encore pour l'honneur de cet estimable ecclésiastique que pour l'honneur de son ministère, nous ne pouvons nous empêcher, dis-je, de remarquer l'idée dominante qui règne dans son ouvrage. Il eût été facile sans doute à M. l'abbé Duval, en traitant un tel sujet, de se laisser aller à des mouvemens de véhémence et d'indignation contre les auteurs des crimes qu'il déploroit. Il lui eût été facile d'appeler sur eux les malédictions du ciel et les vengeances de la terre. Il a, au contraire, repoussé toute idée de ce genre. Il a sagement pensé que de tels sentimens ne conyeTome 1". L'Ami de la Relig. et du Roi. No. XI.

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noient point à son ministère, et que ce n'étoit point dans une chaire chrétienne, aux pieds de la croix, devant les autels de celui qui a prié pour ses bourreaux, qu'il devoit être question de haine et de rigueurs. Ministre d'un Dieu de miséricorde, il n'a parlé du passé que pour exciter dans les cœurs les sentimens de religion et de piété auxquels doivent nous rappeler nos malheurs, et il s'est conformé en cela, et à l'esprit de l'Evangile, et aux dernières volontés d'une victime auguste, et aux nobles intentions des princes magnanimes qui viennent de nous être rendus, et dont toutes les paroles sont des gages de paix, d'indulgence et de bonté.

Nous ne citerons du discours de M. l'abbé Duval deux morceaux, l'exorde et le commencement de la deuxième partie. L'un et l'autre nous ont paru dignes d'un sujet si fécond. L'auteur commence ainsi :

que

<< Lorsque la colère de Dieu se fut appesantie, et pour ainsi dire, épuisée sur l'infidèle Jérusalem, le prophète Jérémie s'assit en pleurant sur les ruines de sa patrie, et dans sa douleur il prononça des lamentations solennelles sur le sort de Juda, de son peuple et de ses Rois.

» Après de longues calamités, qui furent aussi l'ouvrage de nos crimes et l'effet de la vengeance du ciel, il me semble voir aujourd'hui, non plus un prophète de Dieu, mais la Religion elle-même, environnée de ses enfans les plus augustes, et pleurant avec eux sur les crimes du peuple et les malheurs des Rois. Assise près des saints autels, sur les débris d'un trône ensanglanté, elle suspend la pompe des saints mystères; elle élève sa voix maternelle : Peuples de la terre; écoutez tous. Ecoutez et voyez ma douleur. Mes enfans sont perdu. Le Seigneur a ravi du milieu de mon peuple ceux qui faisoient ma force et ma gloire. Il a détruit la beauté de Jacob, il a brisé son sceptre, et ses princes ont disparu. Polluit regnum ejus et principes ejus.

» A ces tristes accens, à la vue de ce lugubre appareil,

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vos cœurs ont tressailli, Messieurs, tous vos souvenirs se réveillent avec vos douleurs, et vous n'avez plus besoin de nos discours. Eh! quel cœur vraiment françois ne se rappelle ici, en gémissant, ce monarque prédestiné du ciel pour épuiser la coupe amère des humiliations et des douleurs, et triompher de toute la fureur des passions humaines par la magnanimité de sa foi et l'héroïsme de sa clémence; et ce jeune Roi, qui n'hérita de sa famille que les malheurs, qui, orphelin et captif même avant de se connoître, n'a pu entrevoir, du fond de sa prison, ce trône de ses aïeux où ses droits l'avoient déjà placé; et cette Reine, toujours si grande, dont la vie fut un jour brillant suivi de la nuit la plus sombre, par la réunion inouie du comble des prospérités avec l'excès de l'infortune; et cet ange mortel, qui ne sembloit apparoître au milieu d'un siècle corrompu, que pour faire entendre la protestation touchante de l'innocence et de toutes les vertus au milieu de tous les désordres et de tous lés vices»?

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Au commencement de la seconde partie, l'orateur paraphrase le beau cantique de Davil sur la mort de Saül et de Jonathas, au rer. chapitre du 2o. livre des Rois :

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« Quomodò ceciderunt fortes? Comment sont-ils tombés, ces enfans des héros, ces descendans de tant de Rois? Comment a-t-elle été précipitée du trône, cette famille la plus auguste de l'univers? Quomodò ceciderunt fortes? O peuple infortuné, lève les yeux et considère tes victimes: Considera, Israel, pro his qui mortui sunt. Ils ont péri ces princes si dignes de notre amour par la clémence et la bonté qui distingua leur race auguste entre tous les Rois de la terre, par cet amour pour les François, qu'ils se transmirent avec le sang; ils ont péri, non pas de la main des barbares, non pas au milieu des combats!..... rien n'a pu les sauver, ni la jeunesse, ni l'innocence, ni les grâces, ni les vertus, ni la bonté, ni la justice: Amabiles et decori. Et le frère et la sœur, et le fils et la mère, et le monarque et l'héritier, notre crime a tout confondu, et la mort ne les sépara point: In morte quoque non sunt divisi. Enfans, pleurez avec vos pères: Filia Israel, flete. Vous n'eûtes point de part au crime, et déjà vous en

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